L’Armée de l’Air et de l’Espace pourrait disposer d’une flotte de 100 Rafale à la fin du 1er semestre 2025. Le parc rejoindrait ainsi le volume qu’il avait atteint en 2018. On est bien loin de l’ambition inscrite dans la loi de programmation militaire 2019-2025, qui prévoyait cette année 129 Rafale dans l’AAE. Dans notre pays, la durée de validité d’une LPM dépasse celle d’un pack de lait UHT, mais pas de beaucoup.
Ces 100 Rafale (en fait un peu moins car quelques avions sont utilisés en permanence à des fins d’expérimentation) constituent l’équipement de pas moins de cinq escadrons opérationnels théoriquement au format standard, plus un ‘petit’ escadron (le 1/7 Provence) basé aux Emirats Arabes Unis, plus l’escadron de transformation Rafale, ETR 3/4 Aquitaine. Faites le calcul, on est bien loin du format de 20 avions par escadron ; chiffre qui était valable il est vrai lors de la réforme entérinant l’existence de ‘gros escadrons’.
Du fait d’une disponibilité technique inconnue, mais dont il serait étonnant qu’elle dépasse 70%, le nombre de Rafale utilisables par l’Armée de l’Air un jour donné est en fait bien inférieur à 100. Cette faiblesse numérique résulte, faut-il le rappeler, de la cession de 24 avions à deux pays européens, décidée au plus haut niveau de l’Etat. Elle ne serait finalement pas préoccupante si l’Europe vivait des jours paisibles, émaillés certes de petits conflits régionaux, mais dans la normalité de ce qu’on a connu depuis 1970. Mais ce n’est pas le cas.
La situation n’est pas sans rappeler un épisode récent de l’Histoire contemporaine : sous l’égide des présidents Chirac et Sarkozy, l’aviation de combat de l’Armée de l’Air avait connu une hémorragie sans précédent depuis 1957, avec la dissolution/mise en sommeil de pas moins de 7 escadrons entre 2007 et 2012. Et le déclenchement de l’opération Harmattan (Libye) avait suivi de peu cette déflation, nécessitant l’usage intensif et sans précédent des moyens aériens restants.
Diminuer ses moyens à la veille de devoir les utiliser … c’est à se demander si nos dirigeants sont doués d’une capacité d’anticipation supérieure à celle de leurs électeurs.
Alexandre et escadrilles.org