…. En effet, lorsque la 12ème flottille de chasse embarquée est reformée, le 15 octobre 1964 à Lann-Bihoué, cela fait 14 mois qu’elle a été dissoute (le 8 août 1963 à Karouba, Tunisie). Les « lascars » sont toujours dans l’attente de leurs nouveaux avions, des Vought, comme ceux qu’elle a laissé de l’autre côté de la Méditerranée, mais des Vought supersoniques, les F-8E(FN). Les deux premiers arriveront en Bretagne le 20 novembre.
Hasard sans doute, ce fut par une séquence assez semblable que la 12F accomplit sa mue du Crusader vers le Rafale, une dissolution étant prononcée le 15 décembre 1999, et un réveil ayant lieu le 18 mai 2001. Dans les deux cas en effet, la flottille ne pouvait pas naître par essaimage d’une autre unité, puisqu’étant la première à inaugurer un nouvel avion dans l’Aéronautique Navale.
Aujourd’hui, plus de treize années après la naissance de la 12F Rafale, il en est passé de l’eau sous la coque du Charles de Gaulle … et la piste de Landivisiau a vu quelques trains de pneus partir en fumée.
Si aucun pilote de Rafale de 2014 n’est un ancien des Crusader (la carrière d’un chasseur embarqué n’est pas assez longue), certains officiers mariniers de la 12F ont connu l’époque du F-8. Même si la nostalgie n’est pas de mise dans une flottille de l’Aéro, on n’a pas besoin de marcher beaucoup dans les couloirs pour apercevoir quelques « reliques » ou souvenirs de l’époque Crusader.
Forte de plus de 150 personnes, dont 15 pilotes, la 12F d’aujourd’hui fait voler cinq à huit Rafale F3. Les lascars sont opérationnels sur tout le spectre de missions offert par le puissant biréacteur : de la reconnaissance à la frappe stratégique, en passant par l’appui rapproché, l’interdiction et la défense aérienne, sans oublier le ravitaillement en vol.
Pour atteindre l’excellence dans toutes les spécialités, la flottille confie à chaque chef de patrouille la fonction de référent pour un type de mission.
Outre la centaine de techniciens en charge de la maintenance (1er niveau) des Rafale, la flottille comprend le personnel de soutien nécessaire pour sa vie opérationnelle, aussi bien à Landivisiau, que sur le porte-avions, qu’en détachement à Istres ou ailleurs. Il est prévu que les effectifs s’accroissent un peu en raison de la future transformation de la 17F sur Rafale, avant de diminuer à nouveau à compter de mi-2016.
Le 20 novembre prochain, la 12F pourra évoquer le cinquantenaire de son premier vol sur « réacteur ». La flottille sera en grande partie en Bretagne à cette époque : en effet, depuis le 1er septembre dernier, elle est passée « flottille de soutien », la 11F étant actuellement la flottille d’alerte, celle qui embarque en priorité sur la Charles de Gaulle.
En tant que telle, la 12F assure pendant une année la mission de transformation sur Rafale Marine et accueille les nouveaux pilotes de Rafale en provenance de Saint-Dizier.
Le confort relatif inhérent au statut de flottille de soutien a été rarement goûté par les lascars durant leur dernier demi-siècle d’existence : en effet, on se rappelle que la flottille 14F avait abandonné ses Crusader le 17 avril 1979, laissant pendant 20 ans à la seule 12F la mission d’interception et de couverture aérienne pour le compte du groupe aéronaval.
De même, du 18 mai 2001 au 26 octobre 2012, date de la qualification opérationnelle de la flottille 11F, les lascars avait été seule flottille Rafale, donc seule unité embarquée apte à assurer la protection armée du groupe et la couverture d’un théâtre d’opérations.
L’année écoulée a été marquée par la participation du GAé et de la flottille à la mission Bois Belleau 1 : après un départ de Toulon le 20 novembre 2013, le groupe aéronaval a en effet franchi Suez en décembre et passé le détroit d’Ormuz début-janvier.
Après plusieurs exercices avec des forces aériennes amies, Bois Belleau 1 entra alors dans une phase nouvelle : les interactions nombreuses avec la Task Force 50 autour du porte-avions Harry S. Trumann ont visé à augmenter l’inter-opérabilité entre les deux forces aéronavales.
La bonne relation entre la flottille 12F et les unités de l’US Navy est également un leg de l’histoire : depuis les tout-débuts de l’ère Crusader, les DACT et autres exercices mutuels ont été très réguliers. Ainsi, des touch-and-go de Crusader eurent lieu sur le Nimitz dès octobre 1976 et des cross-decks à bord du CV 62 Independence dès novembre 1979.
C’est naturellement lors de JTFEX 08, qu’un très haut niveau d’inter-opérabilité a été expérimenté, avec l’accueil prolongé d’un détachement 12F à bord du CVN 71 Franklin D. Roosevelt.
Ainsi, même si la 12F ne fut pas la première unité embarquée française à voler sur avion à réaction, les 50 années écoulées démontrent bien que la flottille « au canard fusilier marin » a bien souvent été pionnière au sein de l’Aéronautique Navale.
Ducky peut être fier de son passage sur réacteur, voici un demi-siècle.
Remerciements : au CF Martinot, commandant la 12F, au LV Roze, officier de communication de la BAN de Landivisiau, à Arnold et à G. Kerdilès de la flottille 12F pour leur accueil hospitalier et leur aide. Ainsi qu’à la Piste 12F, pour sa confiance.
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